Dans mon Hinterhof

hinterhof-arbres- A berlin - Photo copyright Didier Laget
Dans mon Hinterhof, des milliers de chatons duveteux recouvrent le sol. Il y a trois arbres, un, qui a déjà de petites feuilles, un qui laisse tomber les chatons et un autre encore nu. Je n’y connais rien en arbre. Dans les arbres des oiseaux chantent. Leur chant se mélange au son d’une radio qui passe doucement par une fenêtre entrouverte. De temps en temps, des gens traversent la cour passent en roue libre, ils viennent du troisième Hinterhof où se trouve le garage à vélo. Un gamin joue au foot cinq minutes et s’arrête en laissant son ballon. Une maman met son casque à un enfant assis sur son porte-bagage, il fredonne. Un type de DHL cherche une sonnette, il voit le ballon et tape dedans. Tout ça donne envie de faire une sieste. J’adore mon Hinterhof.
Alors je coupe le son.


Et je remets le son. Enfin pas moi, quelqu’un dans l’immeuble. Un gros boum boum bien pourri à 120 BPM, le beat des régiments qui défilent pour le 14 juillet, un son aussi créatif que la chanson d’une huître en plein soleil. J’ai l’impression d’être dans une voiture tunée, les graves sont tellement puissants que les vitres tremblent, plusieurs locataires regardent par la fenêtre, pour essayer d’identifier l’origine du bruit. Ça vient peut-être d’un autre Hinterhof. Avec une telle pression acoustique, le type doit saigner des oreilles. Malgré la température les fenêtres se ferment, mais le boum boum persiste. Je ne peux pas écouter ma musique, même avec un casque sur les oreilles, je sens le boum boum dans le ventre. Je pense aux voisins directs du type. Je déteste mon Hinterhof.
Alors je coupe le son.
Et je remets le son. Quand il pleut, j’ouvre une fenêtre, et le son qui entre dans la pièce vaut toutes les séances de Yoga. Les soirs d’étés, les gens des appartements au rez-de chaussé, discutent doucement, une bière à la main en fumant une cigarette, le son est hypnotique et les gens qui viennent de l’extérieur parlent moins fort pour ne pas casser les murmures. Quelqu’un a installé une balancelle à côté du garage à vélo. Le voisin du dessus a tous les outils pour réparer les dérailleurs ou changer les câbles de frein. L’automne quand il y a du vent, les trois arbres se balancent, on entend le bois qui grince. J’adore mon Hinterhof.
Hinterhof=Arrière cours
Les merles de mon Hinterhof.

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5 Responses

  1. miss K dit :

    Bonsoir Benoit,
    Et merci d’être passé…
    Curieuse, je découvre par la même occasion ton blog et me demande bien par quels liens tu es arrivé chez miss K…

  2. Solo dit :

    Bien vu l’ambiance

  3. Zak0uskii dit :

    Rien que de lire ça, j’ai envie de venir m’y poser avec mon appareil photo, mon bloc note et mon carnet à dessins.

  4. antonela dit :

    Bonjour, je suis tombée sur votre photo hinterhof-arbres.jpg en lançant une recherche dans google images car je cherchais une illustration pour le programme d’une session que je suis en train d’organiser dans le domaine de l’éducation de la petite enfance, à Lausanne, en Suisse.
    Elle est magnifique et symbolise à merveille le thème de la session.
    Cela vous embêterait-il que je vous la pique pour l’imprimer (en noir et blanc) sur le programme (artisanal) de la session?
    Ce serait super!
    Merci d’avance et bonne soirée,
    Antonela

  5. Didier dit :

    @Antonela : Pas de problème.

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