
La première fois que je suis venu en Allemagne, c’était avec des Anglais qui avaient beaucoup d’a priori sur les Allemands ( ils vivent de bières, de choux et de saucisses ).
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ToggleDans un Biergarten bien rempli, nous avions trouvé une place en bout d’une table et attendions qu’on vienne prendre notre commande. Une serveuse arriva et demanda à nos voisins ce qu’ils désiraient. Un de mes compagnons dit en Anglais “Je parie qu’ils vont tous prendre une bière, même les enfants”. Et non, les grands prirent des Apfelschorle et les enfants des Kiba.
Grosse déception de mes amis albioniques. Ils ne parlaient pas un mot d’Allemand mais moi, au moins, je savais dire “Vasistas”, ce que je fis avec une certaine efficacité puisque j’obtins même une réponse “Bananen- und Kirschsaft”.
Quid du Kiba
Je vais commencer en vous précisant ce que ce n’est pas : c’est clair, le Kiba n’est ni un smoothie ni un Kebab vegan (beuark)!
Le Kiba, c’est à la fois simple et compliqué. Simple car, en résumé, c’est un jus de Cerises (Kirsch) et un jus de Bananes qui se mélangent de façon artistique et marbrée dans un grand verre. C’est compliqué, car si vous pressez une banane vous n’obtiendrez pas beaucoup de liquide. Donc quid du jus de bananes?
Maintenant que je parle Allemand au point de lire Goethe dans le texte, j’ai demandé dans un bar comment ils faisaient le Kiba. Le serveur m’a dit qu’ils mélangeaient du nectar de Banane et du nectar de cerise. Hou la la ai-je rétorqué (Ach so) du nectar de banane? Il me montra alors une bouteille sur laquelle était écrit “Bananen-Nektar”. J’en fus bouche bée.
Le Kiba DIY
Pour faire un Kiba, c’est facile.
Écrasez des bananes, ajoutez de l’eau et du sucre, et voilà votre nectar.
Dénoyautez et écrasez des cerises de Werder.
Verser d’abord le jus de cerise puis le nectar de bananes, regardez le mélange s’effectuer, buvez.
Autour du Kiba
Cette boisson, quasi culte et marbrée — dites « quasi culte » à voix haute, c’est drôle — est née dans les années 1990.
Voici ce qu’écrivait la journaliste Verena Mayer, dans un article nostalgique paru en mai 2019 dans le Süddeutsche Zeitung :
À l’époque, je buvais tout le temps du KiBa. Peu de boissons étaient aussi en vogue que ce mélange de jus de cerise et de banane.
À première vue, rien n’impose cette combinaison : le jus de banane est sucré et un peu fade, le jus de cerise sert volontiers au théâtre pour imiter du sang. Mais dès qu’on les mélange, quelque chose se passe.
Le principe d’un cocktail, c’est que tout se fonde, qu’on ne sente plus les ingrédients séparés. Avec le KiBa, c’est l’inverse : on verse le jus clair sur le foncé de façon à garder ces marbrures qui créent sans cesse de nouveaux motifs.
Y a-t-il meilleure boisson pour une époque où se mêlaient des choses qui, normalement, ne vont pas ensemble ? La Love Parade et le traité de Maastricht, les tee-shirts en résille et les débuts d’Internet, l’ecstasy et « la fin de l’Histoire ».
C’était le moment où un vieil ordre mondial se dissolvait et où le nouveau n’était pas encore fixé ; toute une génération avait l’impression de marcher sur une piste de danse.
On peut bien sûr charger le KiBa d’un sens symbolique : la rencontre des contraires, du sucré et de l’acide, du clair et du sombre, de l’Est et de l’Ouest ; une métaphore rose vif pour la fusion de systèmes dont le plus fort finit par dominer.
Pour moi, le jus cerise-banane restera toujours la boisson de l’expérimentation insouciante, le signature drink d’une époque où l’on pouvait danser les différences sur de la techno, loin du grand fracas qui, le 11 septembre 2001, mit fin pour de bon aux années 90.
La prochaine fois je vous parle de l’Apfelschorle.




Une réponse
La première fois que j’ai lu ce billet, j’ai lu CUBA, depuis j’ai des lunettes et tout va bien.
Sinon le Kiba, c’est pas super, j’ai goûtécelui de Granini.. y a mieux