Le silence de la Neue Wache

A berlin - Photo copyright Didier Laget
J’étais accroupi dans un angle de la pièce, un oeil sur la silhouette sombre et trapue posée à quelques mètres de moi, un autre sur l’agent de sécurité qui m’observait les mains sur les hanches, et un autre sur le faisceau de lumière qui, passant par un trou circulaire dans le plafond, éclairé la silhouette trapue. La pièce était froide et vide. J’attendais juste la bonne lumière pour faire la photo qui me rendrait aussi célèbre que Doisneau.


La forme trapue, statue d’une mère tenant son enfant mort dans ses bras, est seule au milieu de cette immense salle. Puis une rumeur assez joyeuse s’infiltre dans cet espace. C’est de l’italien, les consonnes roulent et rebondissent contre les murs. Je me relève. Mes genoux me remercient. L’agent de sécurité se retourne. Entre un groupe d’étudiants, les filles sont belles, les garçons friment.
En une seconde, ils se taisent. L’espace, le vide, impressionnent. Les filles remontent leurs lunettes sur leurs cheveux. Les garçons ôtent le casque de leurs iPod, comme leur grand-père enlevait son chapeau dans une église. L’agent de sécurité a repris sa position. On chuchote. Ça dure quelques minutes. Les déplacements sont lents et bien sûr j’oublie de prendre une photo. Un mobile sonne ou plutôt Justin Timberlake se met à chanter. Quelqu’un fait « Si ». Tout le monde fait « chut », tout le monde sort. Je reste seul, l’agent de sécurité me regarde, suspicieux. Peut-être à cause de mes trois yeux.
J’ai pas fait MA photo, j’ai fait DES photos. Après. Bon.
On trouve la Neue Wache sur Unter den Linden. La sculpture est de Käthe Kollwitz. Une copie agrandie, c’est sans doute pour ça qu’on a le droit de la photographier, parce que dans le musée Käthe Kollwitz on n’a pas le droit de photographier l’original.

3 réponses

  1. Ma belle-fille m’avait fait les éloges du musée Kolwitz, mais je n’ai pas eu le courage d’y aller.
    Trop flippant.
    Pourtant je suis allée voir beaucoup d’autres lieux flippants !
    Mais là, j’ai calé.

  2. marie-Hélène : C’est vrai, Käthe Kollwitz a transmis une ambiance extrêmement triste et noire. C’est de la souffrance pure. Quand on pense que c’est du vécu…
    mariellina: Merci pour le NEAU et merci pour la remarque 🙂

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