U7 ou pourquoi j’aime l’Allemand

J’ai appris l’allemand tout petit, en jouant place des Ramacles à Aubière. En Auvergne. Mes copains de jeux étaient des fils d’immigrés portugais, espagnols ou italiens. Forcément dans ce contexte, tout ce qui venait du sud était chantant, ce qui venait du nord était rocailleux.

La première expression allemande que j’apprenais était « Beestagainebert Keujtaat« , qu’il faut lire à haute voix pour en comprendre toute la subtilité. Ça nous fit rire pendant plusieurs jours. Surtout les garçons. Puis j’appris « Achtung Bicyclette ». Et dans la lancée « Ichlibidich » qu’il fallait dire à une fille devant toute la classe. Là encore, on riait beaucoup. Enfin, surtout les garçons.

Plus tard, deux autres mots venaient enrichir mon vocabulaire : Kraftwerk et Autobahn – centrale électrique et autoroute. Pas très utile dans la vie de tous les jours, mais toujours plus que cette phrase célèbre que j’apprenais aussi et que Kennedy prononça à Berlin en 1963 « Ich bin ein Berliner ». Et puis j’ai pris le métro.

U-bahn ligne 7. Station Blissertrasse. Des ouvriers rentrent dans mon wagon. Ils sont couverts de poudre blanche. Les lunettes de sécurité, en protégeant leurs yeux leur ont donné l’apparence de pandas. Pandas, dont ils ont aussi les volumes. Deux s’assoient en face de moi, et un sur ma gauche. Je me pousse contre la fenêtre pour faire de la place. Au début, ils mangent sans rien dire, des sandwichs tirés de leur cantine. Ils boivent de longues gorgées de bière, enfin l’un dit quelques mots. Éclats de rire.

Ils vont parler et rire pendant plusieurs stations. Je ne comprends rien, sinon que les mots claquent, qu’ils sont toniques et rythmés. Ils enrichissent leur vocabulaire de grands gestes. De temps en temps, celui qui est à ma gauche, se tourne vers moi et commente en riant ce que les autres disent, alors j’ébauche un vague sourire que j’accompagne d’un « Ah ! »neutre. Lentement, je me fais à la langue, que je trouve toujours rocailleuse, mais plutôt comme les galets roulés par le Tarn, qu’on trouve sous le pont de Saint Enimie. À la fin, quand ils sortent, je sors aussi, parce qu’on est arrivé à Spandau, le terminus. Eux rentrent chez eux et moi je repars dans l’autre sens, car j’ai oublié de descendre quelques stations plutôt.

Grâce aux pandas, j’ai découvert cette langue autrement qu’au travers des imitations de Louis de Funès dans la Grande Vadrouille. Et je l’aime bien. J’ai même mes mots préférés, en ce moment c’est Mangold et Morgenmuffel, le premier veut dire « carde », le deuxième « ronchon du matin », avouez que c’est plus joli en allemand. Et cette phrase que j’ai trouvé dans « Pure Vernunft darf niemals siegen » une chanson de Tocotronics : « Wir sind so leicht, dass wir fliegen », – Nous sommes tellement légers que nous volons.

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7 Responses

  1. Goeft dit :

    Je suis d’accord avec « Pure Vernunft darf niemals siegen » , beau programme.
    Mais je peux faire comme je veux, bien que bilingue et dialectophone -Alsace- le lire à la française ou à l’allemande, en cherchant les césures, je ne comprends pas « Beestagainebert Keujtaat«….mais peut-être parce que c’est vraiement ta premi_re expression allemande et que le (la) prof était une française(avec l’accent)

  2. Goeft dit :

    …Alors en me fait pas languir….Ça vaut bien une Tour de Télé !

  3. Goeft dit :

    Ça vient toujours pas ! Nix Baustelle !

  4. Goeft dit :

    Quand je disais « Ça vient toujours pas ! Nix Baustelle », c’était pour  » Beestagainebert Keujtaat »; pas pour la Tour-TV-de-mars-de-berlin (ou Tour-TV-de-Berlin-de-mars ??)

  5. Goeft dit :

    Et ça vient tjs pas !!

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